Engagement collaborateur : la France dernière de la classe en 2026
Avec un eNPS[1] de -39, la France affiche le plus faible niveau de recommandation employeur parmi les sept pays étudiés par Zest. Plus préoccupant : en deux ans, cet indicateur a chuté de 22 points alors que l’engagement des salariés n’a que légèrement reculé. Un paradoxe qui révèle une évolution plus profonde : les Français n’ont pas tant décroché de leur travail que de leur entreprise
La plateforme de pilotage du feedback collaborateur Zest dévoile les résultats de la 3e édition de son BaromEX, réalisée auprès de 4 139 salariés dans sept pays, dont 1 037 en France. Deux ans après sa dernière édition, l’étude permet de faire émerger plusieurs tendances et bouscule certaines idées reçues : être engagé ne signifie plus nécessairement recommander son entreprise, le salaire est loin d’être le premier levier de recommandation et le principal fossé se creuse moins entre les pays qu’entre les niveaux hiérarchiques.
France : l’engagement résiste, la recommandation s’effondre
Premier signal d’alerte : avec un eNPS de -39, la France arrive derrière la Pologne (-30), l’Espagne (-26), le Royaume-Uni (-22), les Pays-Bas (-19), l’Allemagne (-18) et les États-Unis (-10).
Mais c’est surtout la comparaison avec 2024 qui interpelle. En deux ans, l’engagement des salariés français ne recule que légèrement, de 7,7 à 7,3/10, tandis que l’eNPS chute de 22 points, de -17 à -39. Dans le même temps, la reconnaissance progresse même de 0,5 point, tandis que l’autonomie, la confiance dans l’avenir de l’entreprise et l’intention d’y rester ne diminuent que modérément.
Les salariés n’ont donc pas massivement décroché de leur travail : c’est leur propension à recommander leur employeur qui s’est fortement dégradée. En 2026, 15 % des répondants sont d’ailleurs à la fois engagés dans leur travail et détracteurs de leur entreprise.
IA au travail : moins une peur qu’une nouvelle fracture dans l’entreprise
Alors que l’IA s’impose dans le débat sur l’avenir du travail, 53 % des salariés interrogés déclarent encore ne percevoir aucun impact de l’IA sur leur activité. Et contrairement aux idées reçues, la crainte de perdre son emploi reste modérée, à 4,81/10.
Le véritable clivage se situe ailleurs : 58 % des dirigeants anticipent un impact positif de l’IA sur leur travail, contre seulement 22 % des non-managers. Un écart qui révèle moins une opposition à l’IA qu’une fracture d’exposition et de perception entre ceux qui participent déjà à sa transformation de l’entreprise et ceux qui, pour l’instant, la vivent encore de loin.
Le vrai fossé ? Davantage hiérarchique que géographique
Autre enseignement : les écarts entre niveaux hiérarchiques dépassent largement ceux observés entre pays. Alors qu’un demi-point seulement sépare les pays en matière d’engagement, 46 points d’eNPS distinguent les non-managers (-36) des membres de direction (+10).
Le constat est encore plus marqué en France, où l’eNPS atteint -51 chez les non-managers. Au sein d’une même entreprise peuvent ainsi coexister des perceptions radicalement différentes de l’engagement et de la relation à l’employeur.
Salaire : 1er motif d’insatisfaction, mais loin d’être le 1er levier de recommandation
Avec une note moyenne de 6,1/10, la rémunération arrive dernière des 20 dimensions évaluées. Elle ne constitue pourtant que le 9e levier associé à la recommandation employeur.
D’autres dimensions apparaissent davantage liées à la recommandation : la confiance dans l’avenir de l’entreprise, la cohérence entre ses valeurs et ses pratiques, son engagement sociétal, l’accompagnement du développement professionnel ou encore l’utilité du feedback reçu.
« Un indicateur unique masque toujours une partie de la réalité. Des collaborateurs investis dans leur mission peuvent, en parallèle, prendre leurs distances avec leur employeur : ce sont deux mouvements distincts. L’enjeu n’est plus de suivre un score moyen, mais de repérer ces décrochages et d’agir sur les leviers qui reviennent d’une mesure à l’autre », précise Eleanor Francis, Head of Lab, Zest.
Le décrochage commence dès l’entrée dans la vie professionnelle
Le BaromEX révèle enfin un point de vigilance majeur : les salariés ayant moins de deux ans d’expérience professionnelle affichent un eNPS de -48, un engagement de seulement 5,97/10 et ne sont que 63 % à se projeter encore dans leur entreprise deux ans plus tard.
Ce décrochage n’est pas un simple effet d’âge. Si les moins de deux ans d’expérience sont à 75 % âgés de 25 à 34 ans, leur eNPS reste à -48 à âge égal, quand celui des 25-34 ans plus expérimentés remonte à -28. C’est bien l’entrée dans la vie professionnelle qui pèse sur la recommandation, pas la génération.
Le paradoxe est coûteux pour les entreprises : cette population, celle sur laquelle l’investissement en recrutement est le plus élevé, est aussi celle qui recommande le moins son employeur une fois arrivée.
Nota Bene : L’étude complète, qui analyse également les écarts entre cols bleus et cols blancs, les disparités entre secteurs ou encore les différences entre les sept pays étudiés, est disponible à l’adresse https://zestmeup.com/web/wp-content/uploads/2026/09/Baromex-2026-final.pdf ou sur simple demande.
[1] Employee Net Promoter Score : indicateur RH qui mesure la probabilité que les employés recommandent leur entreprise comme un bon lieu de travail