Vacances des aidants : ce qu’ils pensent avoir prévu… et ce que vivent vraiment les seniors
Partir en vacances lorsqu’on accompagne au quotidien un proche âgé n’a rien d’anodin. Une enquête menée par le Groupe A2micile – Azaé & Domaliance auprès de 4 224 personnes, dont 1 103 seniors de plus de 65 ans et 3 121 aidants, révèle un décalage important entre ce que les proches pensent avoir organisé et ce que les personnes âgées vivent réellement pendant leur absence.
Premier enseignement : le lien à distance rassure davantage les aidants qu’il ne sécurise les seniors. 42 % des aidants estiment maintenir un contact régulier grâce aux appels ou aux visioconférences, alors que seuls 29 % des seniors disent en bénéficier réellement. Même constat pour le relais familial : 41 % des aidants pensent qu’un autre membre de la famille prend le relais, contre 31 % des seniors. À l’inverse, l’aide à domicile professionnelle est l’un des rares dispositifs sur lesquels les deux populations s’accordent, citée par 19 % des aidants et 18 % des seniors.
Ce décalage est d’autant plus préoccupant qu’en cas de problème, les personnes âgées ont tendance à minimiser la situation. Près d’un senior sur quatre, soit 24 %, affirme qu’il attendrait le retour de ses proches pour ne pas gâcher leurs vacances. Ils sont 22 % à reconnaître qu’ils minimiseraient la gravité d’un malaise, d’une chute, d’une angoisse ou d’un autre incident. Seuls 9 % appelleraient directement les secours.
Pour les aidants, les vacances ne signifient donc pas toujours déconnexion. Près de 7 sur 10 ont déjà sacrifié tout ou partie de leurs congés au cours des cinq dernières années. 39 % sont partis tout en restant joignables jour et nuit et en surveillant leur téléphone. 24 % ont choisi une destination plus proche qu’ils ne l’auraient souhaité et 19 % ont posé des congés pour s’occuper de leur proche plutôt que pour se reposer.
La technologie pourrait-elle permettre de partir plus sereinement ? Là encore, les attentes divergent. 34 % des aidants seraient prêts à équiper leur proche d’une montre ou d’un bracelet géolocalisé, mais seuls 24 % des seniors accepteraient ce dispositif. Au total, 26 % des seniors refusent les outils de surveillance au nom du respect de leur vie privée. Une solution plus simple recueille davantage d’adhésion : confier un double des clés à un voisin, accepté par 38 % des seniors.
Face à ces limites, l’intervention d’un professionnel apparaît comme une réponse de plus en plus envisagée. 71 % des aidants se disent prêts à consacrer un budget à un relais professionnel pendant leurs vacances. La tranche la plus citée se situe entre 50 et 100 euros par semaine. Mais le coût reste un obstacle majeur : 19 % déclarent qu’ils ne pourraient rien dépenser faute de moyens financiers.
L’inquiétude persiste jusqu’au retour. Plus de 8 aidants sur 10, soit 85 %, redoutent de découvrir un problème chez leur proche. Leur première crainte concerne une chute dont celui-ci n’aurait rien dit, citée par 45 % des répondants. Viennent ensuite le repli sur soi ou la dégradation du moral, à 43 %, puis les médicaments mal pris ou oubliés, à 40 %.
L’étude souligne aussi que la solidarité de proximité existe, mais qu’elle a besoin d’être encadrée. Environ 4 Français sur 10 accepteraient de veiller sur une personne âgée de leur voisinage à condition qu’un professionnel reste joignable en cas de difficulté. La peur d’être tenu responsable d’un accident demeure cependant un frein important.
Au-delà des vacances, l’enquête montre enfin que l’aide à domicile reste mal connue. Un quart des seniors ignore combien coûte réellement une semaine d’accompagnement et près d’un tiers ne sait pas que ces prestations ouvrent droit à un crédit d’impôt de 50 %, y compris pour les personnes non imposables. Derrière l’inquiétude estivale se dessine donc un enjeu plus large : permettre aux aidants de souffler sans culpabiliser, tout en garantissant aux seniors une présence humaine, régulière et rassurante.