iSIM : la SIM intégrée au processeur qui succède à l'eSIM
L’iSIM, prochaine rupture dans la connectivité : quand la carte SIM disparaît dans le processeur
Rédaction en partenariat avec BisatelPhone
En intégrant les fonctions d’identification réseau directement dans le système sur puce (SoC) des appareils, l’iSIM (Integrated SIM) élimine le dernier composant physique séparé dédié à la connectivité. Cette évolution architecturale redéfinit les paramètres industriels de l’IoT et de la téléphonie mobile.
1990 premières cartes SIM. Fin prochaine de la SIM au profit de iSIM
L’histoire de la carte SIM est celle d’une miniaturisation continue. Du format carte de crédit des années 1990 au nano-SIM, puis à l’eSIM soudée sur le circuit imprimé, chaque étape a réduit l’encombrement physique tout en augmentant les capacités de provisionnement à distance. L’iSIM constitue l’aboutissement logique de cette trajectoire : contrairement à l’eSIM, qui reste un composant soudé distinct, l’iSIM est directement embarquée dans le chipset de l’appareil, supprimant le besoin d’un module séparé ou d’une carte physique.
Concrètement, les fonctions d’authentification réseau et de stockage des profils opérateur sont exécutées au sein d’un élément sécurisé (Secure Element) isolé à l’intérieur du processeur principal. Ce processus repose sur des zones de sécurité isolées dans le chipset, qui stockent les informations réseau et les données d’authentification nécessaires. Le gain n’est pas seulement spatial. En tirant son alimentation directement du SoC, l’iSIM réduit la consommation énergétique globale du dispositif, un paramètre déterminant pour les objets connectés devant fonctionner plusieurs années sans remplacement de batterie.
La GSMA a formalisé ce virage en certifiant les premières iSIM conformes à ses spécifications de provisionnement à distance (Remote SIM Provisioning). Cette certification a ouvert la voie à la production de masse d’appareils connectés intégrant nativement la fonctionnalité SIM. Selon les projections de Kaleido Intelligence, les expéditions d’iSIM conformes aux normes GSMA devraient atteindre 300 millions d’unités en 2027, soit 19 % du total des expéditions eSIM.
eSIM un marché en phase d’accélération. Rentabilité assurée par cette activité vs opérateur MVNO
L’ampleur de la transition se mesure à travers plusieurs indicateurs convergents. Selon Juniper Research, le nombre global d’iSIM installées dans des appareils connectés devrait passer de 800 000 en 2024 à plus de 10 millions en 2026, soit une croissance supérieure à 1 200 %. Cette accélération est portée par la finalisation attendue de la spécification GSMA SGP.42, dédiée spécifiquement au provisionnement des iSIM.
Le marché global des modules d’identification d’abonnés (SIM, eSIM, iSIM confondus) était évalué à 7,46 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 7,83 milliards en 2026. Dans ce contexte, le segment iSIM affiche le taux de croissance annuel composé le plus élevé parmi tous les types de SIM, porté par la réduction des coûts de fabrication et l’élimination du composant physique dédié.
Évolution du marché entre 2025 2026 mobiles MVNO eSIM / iSMI
Indicateur
Donnée 2025
Projection 2026
iSIM installées (monde)
~2,5 millions (est.)
>10 millions (Juniper Research)
Marché global SIM/eSIM/iSIM
7,46 Mds $
7,83 Mds $
Appareils IoT sur eUICC (eSIM/iSIM)
~45 %
>50 % (Kaleido Intelligence)
Spécification GSMA SGP.42
Architecture publiée (SGP.41)
Finalisation technique prévue T3
Connexions xSIM actives (TCAC 2023-2028)
63 %
63 %
Selon Counterpoint Technology, l’iSIM est appelée à devenir le format SIM privilégié d’ici 2030 pour toutes les catégories d’appareils cellulaires. Les analystes de Kaleido Intelligence estiment par ailleurs que les formats eSIM ou iSIM deviendront progressivement une exigence de facto d’ici 2028 pour la plupart des appareils cellulaires.
Enjeux techniques et questions de souveraineté, normes
Infrastructures et normalisation : le rôle central de la spécification SGP.42
Le déploiement à grande échelle de l’iSIM dépend de la maturité du cadre normatif. La spécification SGP.42 offre des fonctionnalités similaires à celles de SGP.32, mais adaptées spécifiquement aux appareils iSIM, en réduisant encore le format des dispositifs tout en conservant les mêmes fonctionnalités. L’architecture et les exigences de la SGP.41 ont été publiées en février 2025, mais la spécification technique complète (SGP.42) ne devrait pas être finalisée avant le troisième trimestre 2026.
Cette temporalité a des conséquences directes sur la chaîne industrielle. La SGP.42 permettra notamment le provisionnement de profils en usine (In-Factory Profile Provisioning), ce qui signifie que les fabricants pourront installer des profils d’amorçage depuis la ligne de production, permettant aux appareils de se connecter immédiatement une fois déployés. Pour les secteurs de la logistique, de l’automobile et de l’énergie, qui représentent selon Juniper Research plus de la moitié de tous les appareils IoT compatibles eSIM d’ici 2028, cette capacité transforme la gestion des flottes d’objets connectés.
La question de la sécurité se pose avec une acuité particulière. L’intégration de la SIM dans le processeur élimine les surfaces d’attaque liées aux composants amovibles ou soudés séparément. Cependant, elle concentre les fonctions critiques d’identité et d’authentification réseau dans un point unique du silicium. L’UIT et les autorités nationales de cybersécurité, à l’image de l’ANSSI en France, suivent attentivement cette évolution. La certification des éléments sécurisés intégrés (via le GSMA eSA – eSIM Security Assurance scheme) constitue un verrou technique dont la robustesse conditionne la confiance des opérateurs et des États.
Prospective : vers une connectivité invisible et les tensions qu’elle suscite
À moyen terme, l’iSIM dessine un paysage où la connectivité cellulaire devient une fonction intégrée au même titre que le Wi-Fi ou le Bluetooth. Selon la GSMA, seul un tiers des connexions IoT utiliseront encore des SIM amovibles traditionnelles d’ici 2030. L’extinction progressive des réseaux 2G et 3G, avec 37 opérateurs qui élimineront la 2G et 39 qui retireront la 3G au cours de 2025-2026, accélère mécaniquement la migration vers des formats programmables.
Cette convergence soulève des interrogations en matière de souveraineté numérique. Lorsque la fonction SIM est gravée dans le silicium d’un processeur fabriqué hors d’Europe, la maîtrise de l’identité réseau dépend structurellement de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs. Les initiatives européennes en matière de souveraineté sur les puces (European Chips Act) prennent ici une dimension supplémentaire : elles ne concernent plus seulement la capacité de calcul, mais aussi l’infrastructure d’authentification des réseaux mobiles.
Par ailleurs, la complexité introduite par la nécessité de sécuriser la relation de connectivité dès l’étape de fabrication, comme le souligne Kaleido Intelligence, implique que l’iSIM ne deviendra pas la solution par défaut pour tous les déploiements eUICC. L’eSIM conservera un rôle central pour de nombreux cas d’usage, en particulier dans le segment grand public, où l’écosystème est plus mature.
Un tournant industriel sous contrainte normative pour les MVNO
L’iSIM représente moins une rupture qu’une évolution structurelle, dont le rythme de déploiement reste conditionné par la finalisation des standards GSMA, la disponibilité des processeurs certifiés et la capacité des opérateurs à adapter leurs plateformes de provisionnement. Le passage de 800 000 à 10 millions d’unités installées entre 2024 et 2026 dans les réseaux MNO et MVNO. Il se confirme, marquerait l’entrée dans une phase de traction commerciale. La suite dépendra de la capacité de l’écosystème à résoudre simultanément les défis de normalisation, de sécurité et de souveraineté industrielle que cette intégration impose.