La fin des réseaux 2G et 3G
Article rédigé en collaboration avec Bisatel Telecom
Orange a éteint son premier site 2G le 31 mars 2026, dans l’agglomération de Bayonne-Biarritz-Anglet. Le mouvement doit se poursuivre le 12 mai dans les Landes et le reste des Pyrénées-Atlantiques, puis le 9 juin sur sept autres départements du Sud-Ouest, avant une généralisation à compter de fin septembre 2026. SFR a confirmé un arrêt total de sa 2G au 15 novembre 2026, suivi de l’extinction de la 3G fin 2028. Bouygues Telecom prévoit la fin de sa 2G d’ici fin 2026 et de sa 3G en 2029. Free Mobile, qui s’appuie sur l’itinérance avec Orange, suit une logique alignée sur ce calendrier. Pour les opérateurs, ce mouvement clôt un cycle technologique ouvert dans les années 1990. Pour les entreprises, il déclenche un chantier opérationnel dont l’ampleur reste largement sous-estimée.
Les chiffres avancés par la Chambre syndicale des entreprises d’équipement électrique de Paris et sa région donnent l’ordre de grandeur : plus de huit millions d’appareils encore connectés en 2G ou 3G sur le territoire. Systèmes d’alarme et de télésurveillance, téléalarmes d’ascenseurs, bracelets et pendentifs de téléassistance pour personnes âgées, interphones et visiophones, automates de gestion technique du bâtiment, compteurs d’eau communicants, terminaux de paiement, balises de géolocalisation des flottes : la diversité du parc explique la complexité du dossier. La 2G et la 3G avaient été choisies pour leur couverture étendue, leur faible consommation et le coût modéré de leurs modules. Ces atouts se retournent aujourd’hui en contrainte, car les équipements concernés n’ont pas été pensés pour évoluer après installation.
Pourquoi les opérateurs accélèrentL’arrêt n’a rien d’arbitraire. Maintenir un réseau 2G actif consomme une électricité significative pour un trafic devenu marginal. Les fréquences libérées peuvent être réaffectées à la 4G et à la 5G, ce qui augmente la capacité et la portée des réseaux modernes. Entretenir trois générations de réseau en parallèle pèse enfin sur les budgets de maintenance des opérateurs, qui cherchent à concentrer leurs investissements sur les technologies récentes. Cette dynamique n’est pas spécifique à la France. La Suisse a éteint sa 2G en 2021, l’Allemagne sa 3G la même année, et la majorité des États-Unis a basculé en 2022. Le pays s’inscrit dans un mouvement européen plus tardif que celui des États nordiques, mais désormais bien engagé.
Les options techniques pour migrerPlusieurs trajectoires coexistent selon les usages. Pour les équipements à très faible consommation et faible débit, comme les compteurs ou les capteurs environnementaux, les standards LTE-M et NB-IoT prennent le relais. Ils offrent une couverture comparable, une autonomie de plusieurs années sur batterie et un coût opérationnel maîtrisé. Pour les usages exigeant plus de débit, comme la vidéosurveillance ou la téléassistance vidéo, le passage direct à la 4G ou à la 5G s’impose. La voix, traditionnellement portée par la 2G ou la 3G, bascule sur VoLTE, à condition que l’équipement et la carte SIM soient compatibles. Sur certains modules, une simple mise à jour logicielle suffit. Sur d’autres, le composant radio doit être remplacé physiquement, ce qui peut représenter, à l’échelle d’un parc, un investissement significatif.
Les secteurs où la migration est la plus complexeTous les domaines ne se traitent pas avec la même facilité. Les ascenseurs, dont les systèmes d’alarme sont soumis à des obligations réglementaires strictes, posent un cas typique. Le remplacement du module 2G implique une intervention de maintenance programmée, des certifications à reconduire et une coordination avec les syndics de copropriété. Le secteur médical répond à des contraintes voisines, avec des dispositifs marqués CE qui ne peuvent être modifiés sans repasser par un circuit d’homologation. Les flottes de véhicules de collectivités et d’entreprises soulèvent une autre difficulté, liée à la diversité des modèles et à l’âge moyen du parc. Pour les industriels, la cartographie initiale des équipements connectés constitue souvent la première étape, et la plus longue.
Comment construire un calendrier de migration crédibleLa méthode qui revient dans les retours d’expérience publiés par les fédérations professionnelles repose sur quatre étapes. L’inventaire d’abord, qui recense tous les équipements communicants par site, par technologie radio et par fournisseur. L’analyse de criticité ensuite, qui classe les équipements selon l’impact d’une interruption de service. Le choix de la trajectoire technique en troisième lieu, qui arbitre entre mise à jour, remplacement de module et changement complet d’équipement. Le pilotage du déploiement enfin, qui coordonne les approvisionnements, les interventions terrain et les bascules de cartes SIM. Dans le Sud-Ouest, la première vague d’extinction a déjà commencé. Les autres entreprises disposent encore d’une fenêtre, mais elle se réduit chaque trimestre.
Le rôle des intégrateurs et revendeurs informatiquesPour les boutiques mobiles, intégrateurs et réparateurs de proximité, cette transition représente une période d’activité concentrée. Les TPE et PME locales n’ont pas toujours conscience du calendrier des opérateurs ni des implications concrètes pour leur parc. Un intégrateur qui maîtrise les technologies LTE-M et NB-IoT, qui sait dialoguer avec un fournisseur de cartes SIM M2M et qui peut accompagner un client dans le choix entre mise à jour et remplacement dispose d’un positionnement utile. Le rôle ne se limite pas à la fourniture de matériel. Il englobe le conseil, l’audit du parc existant, le pilotage de la bascule et le suivi post-migration, autant d’éléments qui justifient une relation contractuelle plus longue qu’une simple transaction de remplacement.
Une transition aux effets très concretsL’arrêt de la 2G et de la 3G n’est pas un simple événement opérationnel pour les opérateurs. Il modifie les infrastructures invisibles qui font fonctionner une grande partie de l’économie : commerces, immobilier, industrie, santé, transports, services publics. Les entreprises qui anticipent cette transition la traverseront sans incident notable. Celles qui la découvriront à quelques mois de l’échéance s’exposeront à des interruptions de service, à des coûts de remplacement majorés et, dans certains cas, à des risques juridiques liés à des obligations de sécurité. Le calendrier est désormais public, l’ARCEP en assure le suivi, et la première vague est déjà engagée. La fenêtre d’anticipation existe encore, à condition que ce dossier remonte rapidement à l’agenda des comités de direction.