LoRa : l’Internet gratuit et sans opérateur, info ou intox ? Décryptage
Article rédigé en collaboration avec bisatel Telecom,
Intrent gratuit sans fibre ni WiFi. On entend de plus en plus parler d’un mystérieux réseau capable de connecter des objets sur des kilomètres, sans carte SIM et sans abonnement. Le LoRa serait-il la fin des opérateurs télécoms tels qu’on les connaît ? La réalité est bien plus nuancée, et surtout bien plus intéressante à comprendre pour quiconque s’intéresse aux objets connectés.
LoRa et l’internet libre, c’est quoi au juste ?LoRa, pour Long Range, est avant tout une technique de modulation radio. Elle permet à un tout petit émetteur, comme celui intégré dans un capteur ou un tracker, d’envoyer un signal très faible en énergie sur une distance qui peut dépasser dix kilomètres en zone dégagée. Au-dessus de cette brique technique se trouve LoRaWAN, le protocole qui organise la communication entre les objets et une antenne réceptrice, appelée passerelle ou gateway.
Ce réseau fonctionne sur des fréquences dites libres, en Europe autour de 868 MHz, qui ne nécessitent pas de licence d’exploitation contrairement aux fréquences utilisées par les opérateurs mobiles pour la 4G ou la 5G. C’est précisément ce détail technique qui a lancé la rumeur d’un réseau gratuit et indépendant de tout opérateur.
Pourquoi tout le monde parle d’un Internet gratuit sans opérateurL’idée ne sort pas de nulle part. Des communautés comme The Things Network ont construit des réseaux LoRaWAN ouverts et collaboratifs, où chacun peut installer sa propre passerelle et la partager avec les autres utilisateurs. Comme la bande de fréquence est libre et qu’il n’y a ni carte SIM ni abonnement mensuel à payer pour émettre, certains ont conclu un peu vite qu’on tenait là un Internet parallèle, gratuit et affranchi des grands opérateurs.
Le problème, c’est que cette conclusion repose sur une confusion entre deux choses très différentes : pouvoir émettre un signal sans payer de redevance de fréquence, et disposer d’un accès à Internet au sens où on l’entend habituellement.
La vérité qui casse le mythe : LoRa n’est pas de l’InternetConcrètement, un message LoRaWAN transporte entre quelques octets et environ 250 octets selon la configuration, soit à peine plus qu’un SMS très court. Le débit réel varie de 300 bits par seconde à un maximum d’environ 50 kilobits par seconde, ce qui reste des dizaines de milliers de fois plus lent qu’une connexion 4G classique. À cela s’ajoute une règle stricte en Europe : chaque objet ne peut émettre que pendant une fraction limitée de temps par heure, pour ne pas saturer la bande de fréquence partagée.
Ce que le LoRa ne permet pas de faire :
- Naviguer sur un site web ou consulter ses réseaux sociaux
- Regarder une vidéo ou passer un appel, même audio
- Envoyer un email avec une pièce jointe
- Maintenir une connexion permanente et instantanée comme le ferait une carte SIM classique
- Télécharger une application ou une mise à jour logicielle
Autrement dit, LoRa n’a jamais été conçu pour remplacer une connexion Internet. C’est un réseau taillé pour transporter de toutes petites informations, très rarement, sur de très longues distances, avec une consommation électrique minuscule.
Ce que le LoRa fait réellement très bienLà où LoRa devient redoutable, c’est sur les usages qui n’ont justement pas besoin de débit ni de connexion continue. C’est même l’une des technologies les plus efficaces du marché pour :
- Remonter la position GPS approximative d’un objet toutes les quelques minutes, idéal pour la géolocalisation de véhicules, de conteneurs ou d’animaux d’élevage
- Relever à distance un compteur d’eau, de gaz ou d’électricité sans déplacement humain
- Surveiller l’humidité d’un sol agricole, la température d’un entrepôt ou le niveau de remplissage d’une cuve
- Déclencher une alerte en cas d’ouverture d’un boîtier, de fuite ou de mouvement suspect sur un site isolé
- Fonctionner plusieurs années sur une simple pile grâce à une consommation électrique extrêmement faible
Ces usages représentent une part croissante du marché de l’Internet des objets, et expliquent pourquoi de plus en plus de professionnels de la maintenance, de l’agriculture ou de la logistique s’y intéressent de près.
Quelle connectivité choisir pour vos projets connectés ?Pour tout ce qui nécessite un véritable lien vers Internet en temps réel, une localisation précise ou la transmission de données plus volumineuses, notre partenaire propose des solutions de cartes SIM eSIM trackers conçues spécifiquement pour les objets connectés et le suivi GPS.
Une vraie opportunité de revenus pour les professionnels ITCette distinction entre LoRa et connectivité mobile classique ouvre justement un terrain de jeu intéressant pour les réparateurs, intégrateurs et revendeurs informatiques. Beaucoup de clients professionnels ont besoin des deux technologies à la fois : du LoRa pour leurs capteurs à faible consommation, et une vraie carte SIM ou eSIM pour les équipements qui doivent rester connectés en permanence.
Se positionner sur ce marché ne demande pas forcément de lourds investissements. Il existe aujourd’hui des solutions permettant de devenir revendeur opérateur en quelques heures seulement, sans avoir à négocier directement avec les grands opérateurs historiques ni à gérer l’infrastructure réseau soi-même. De quoi transformer une simple prestation de conseil en objets connectés en une source de revenus récurrents.
LoRa un réseau internet libre : complémentaire, pas concurrentLoRa n’est ni un mirage ni une révolution qui va faire disparaître les opérateurs mobiles du jour au lendemain. C’est un outil complémentaire, redoutablement efficace sur son terrain de jeu, mais totalement inadapté dès qu’il s’agit de transporter un volume de données conséquent ou d’assurer une connexion en temps réel fiable.
Comprendre cette différence, c’est éviter de mauvais choix techniques sur un projet connecté, et savoir précisément quand associer LoRa à une connectivité mobile classique plutôt que de chercher à tout faire reposer sur un seul réseau. Pour les professionnels de l’IT, c’est justement cette complémentarité qui ouvre de nouvelles opportunités commerciales, bien loin du fantasme d’un Internet gratuit et sans opérateur.