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Souveraineté numérique : la France peut-elle quitter les géants américains ?

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Date Communiqué de Presse : 29 septembre 2026
Souveraineté numérique : les entreprises françaises peuvent-elles vraiment se passer des géants américains ?

Article rédigé en collaboration avec Bisatel Telecom

En cette fin septembre 2026, la question n’a plus rien de théorique pour les grandes entreprises françaises. Selon le baromètre 2026 de France Digitale et EY, 90 % des grands groupes interrogés estiment que leur dépendance à des fournisseurs numériques étrangers constitue un risque. Pourtant, 65 % d’entre eux déclarent ne pas connaître la part de leurs dépenses informatiques versée à des prestataires situés hors d’Europe.

Une question simple se pose alors : où se trouvent réellement les données d’une entreprise, et qui peut y accéder ? Fichiers clients, contrats, données de santé ou secrets industriels sont majoritairement hébergés dans des centres de données exploités par Amazon, Microsoft ou Google. Pour de nombreuses organisations, la confidentialité de ces informations devient un critère aussi important que le prix ou la performance. Quelles solutions françaises existent pour stocker et traiter ses données ?

Pourquoi les grands groupes revoient leurs choix technologiques

Le premier motif est juridique. Le Cloud Act, une loi américaine adoptée en 2018, permet aux autorités des États-Unis d’exiger d’une entreprise américaine qu’elle leur transmette des données, même stockées en Europe. Le 10 juin 2025, devant une commission d’enquête du Sénat, le directeur juridique de Microsoft France a reconnu sous serment ne pas pouvoir garantir que les données de l’État français échapperaient à une telle demande.

Le deuxième motif est économique. Le Cigref, qui fédère les directions numériques des grandes entreprises, évalue à 265 milliards d’euros par an le coût de la dépendance européenne aux technologies étrangères. Selon la même source, environ 80 % des outils numériques utilisés en Europe sont conçus ou contrôlés en dehors du continent.

Le troisième motif est politique. Le décret n° 2026-272 du 14 avril 2026 impose à une partie des administrations de migrer vers des offres de cloud qualifiées. Les 2,5 millions d’agents de l’État doivent abandonner Teams ou Zoom au profit de l’outil français Visio d’ici 2027, et la plateforme nationale des données de santé doit quitter le cloud de Microsoft pour une solution de confiance avant la fin de l’année.

Quelles alternatives françaises pour stocker ses données Les hébergeurs qualifiés SecNumCloud

Pour héberger des données, c’est-à-dire les conserver sur des serveurs distants accessibles par internet, plusieurs acteurs français sont présents. OVHcloud, Scaleway, filiale du groupe Iliad, Outscale, filiale de Dassault Systèmes, ou encore Cloud Temple proposent des services de stockage et de calcul comparables à ceux des fournisseurs américains.

Le repère principal pour un acheteur est la qualification SecNumCloud. Délivrée par l’ANSSI, l’agence nationale chargée de la sécurité des systèmes d’information, elle atteste qu’un service respecte des exigences techniques strictes et qu’il est protégé des lois extraterritoriales non européennes. Toutes leurs offres ne sont pas qualifiées : la liste publiée par l’ANSSI fait foi, service par service.

Les offres hybrides, un compromis discuté

Entre les deux mondes sont apparues des offres dites hybrides. S3NS associe Thales à Google Cloud, tandis que Bleu réunit Orange et Capgemini autour des technologies de Microsoft. Le principe : faire fonctionner des logiciels américains dans des centres de données exploités par une société de droit français. Leurs promoteurs y voient un moyen d’accéder aux services américains sans être soumis au Cloud Act. Leurs détracteurs rappellent que la dépendance technologique demeure, notamment pour les mises à jour.

Le marché évolue rapidement. Un rapport du cabinet ISG publié le 3 septembre 2026, qui évalue 58 fournisseurs présents en France, relève que la souveraineté est devenue un critère de sélection central pour les grandes entreprises et les ETI.

Traiter ses données : logiciels, intelligence artificielle et réseaux

Stocker ne suffit pas : il faut aussi traiter les données, c’est-à-dire les analyser et les exploiter. Dans l’intelligence artificielle, Mistral AI propose des modèles de langage que les entreprises peuvent installer sur leurs propres serveurs, sans transmettre leurs documents à un service étranger. Dans l’industrie, les informations remontées par les capteurs connectés peuvent aussi être collectées sur des plateformes hébergées en France.

Pour les outils du quotidien, l’État a développé la Suite numérique, un ensemble de logiciels libres de messagerie, de partage de documents et de visioconférence. Les logiciels libres, dont le code est public et modifiable, réduisent le risque d’être lié à un seul éditeur. Leur adoption suppose toutefois de former les salariés concernés.

La souveraineté concerne enfin les réseaux qui transportent les données. Un opérateur mobile virtuel, qui loue les antennes d’un opérateur national pour proposer ses propres services, peut fournir aux entreprises une connectivité dont la gestion des abonnés reste en France. Certains opérateurs francophones proposent ce modèle en marque blanche aux intégrateurs informatiques.

Se passer totalement des géants américains : un objectif encore lointain

Les limites restent réelles. Selon le baromètre France Digitale et EY, 76 % des grands groupes ne basculeraient vers une solution européenne qu’à performance égale ou supérieure. Les hyperscalers, ces géants américains du cloud, disposent de moyens d’investissement que les acteurs français n’atteignent pas encore. Jean-Noël de Galzain, président d’Hexatrust, juge réaliste un transfert de 15 % des dépenses vers des technologies européennes en dix ans.

La plupart des entreprises avancent donc par étapes. Selon le même baromètre, 74 % des grands groupes ont déjà engagé une diversification de leurs fournisseurs, en commençant par l’intelligence artificielle, le cloud et les données sensibles. Pour une PME, le premier pas consiste à recenser ses fournisseurs et ses données critiques : fichiers clients, données personnelles protégées par le RGPD et sauvegardes.

Ces données sont confiées en priorité à un hébergeur qualifié, les usages moins sensibles restant chez les fournisseurs existants. La même logique s’applique aux équipements : cartes SIM, badges et terminaux reposent sur des mécanismes d’authentification dont la maîtrise conditionne la sécurité de l’ensemble. La souveraineté numérique apparaît ainsi moins comme une rupture brutale que comme une série de choix techniques à arbitrer, fournisseur par fournisseur.